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La Pie Bavarde
L’intrépide
En cet hiver 2003-2004, je choisis comme cible photographique une haie longeant une prairie. Riche en baies sauvages, elle donne l’occasion aux
oiseaux de trouver plus aisément leur nourriture. Bien exposée au lever du soleil, les lumières qui en résultent sont prometteuses de bons clichés. Les traditionnels repérages de terrain me
permettent de découvrir une variété importante d’espèces, comme le Grosbec casse-noyaux (Coccothraustes coccothraustes), les Grives litornes (Turdus
pilaris) et draines (Turdus viscivorus), le Bruant jaune (Emberiza citrinella), les Mésanges charbonnières (Parus
major) et bleues (Parus caeruleus), le Tarin des aulnes (Carduelis spinus), etc. Il s’avère rapidement, dès le premier affût, qu’un
Épervier d’Europe (Accipiter nisus) a choisi cette haie comme aire de chasse.
Dans la bouchue1, se détache un pieu de robinier2. C’est à cet endroit précis
que je choisis de me poster, afin d’essayer de surprendre ce petit rapace diurne dans sa technique de chasse spectaculaire. Après une éventuelle capture, mon espoir est grand de
le photographier, dégustant sa proie au sommet de ce perchoir.
Spectaculaire est un petit mot, je peux dire que c’est un casse-cou. Effectivement, pour surprendre les passereaux, il pénètre à l’improviste les taillis d’un vol
horizontal à la vitesse de l’éclair. Il en ressort pour y rentrer aussitôt.
Installé confortablement à l’intérieur de mon affût, j’attends patiemment ce moment. L’action est si rapide que ma concentration est au maximum. Et
vlan ! soudainement, je me trouve décoiffé de mon couvert végétal artificiel, un souffle puissant l’a culbuté. Hébété, passé mon étonnement, je réalise que le coupable n’est pas une
rafale de vent, mais l’intrépide épervier. La confusion de l’affût avec une haie l’a conduit à vouloir le visiter. Sa fougue habituelle a entraîné la
percussion.
Ainsi s’achève cette attente, je rentre bredouille, la pellicule vierge de toute image. L’épervier, de son coté, certainement tiraillé d’une grande
frousse, est reparti sur sa faim.
1) En bon patois de « cheu nous », une haie.
2) Dans la région, il est appelé à tort acacia ou faux acacia. Le vrai acacia est le
mimosa.
Le robinier (Robinia pseudacacia) est garni d’épines alors que l’acacia en est dépourvu.
Michel ROBERT
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