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Tribulations autour d’un nid de pies
 
Face à nos fenêtres, s’épanouit un magnifique chêne, sans doute bicentenaire, il domine un bosquet de pins, d’érables et de charmes, il est en quelque sorte le rond-point incontournable des oiseaux du coin.
 
En février dernier, un couple de pies a décidé d’occuper la cime du chêne dans le but évident d’y construire son nid. Pour bien marquer leur territoire, les pies ont disposé quelques branchages ébauchant la structure du nid. Autour de ces quelques rameaux, nos pies montent une garde vigilante, chaque oiseau qui se pose par mégarde sur le faîte du chêne est chassé manu militari. Un groupe de Grives litornes qui avait choisi l’endroit comme dortoir va devoir déménager sans délai. Pourtant quelques Pigeons ramiers qui occupent les branches inférieures semblent être tolérés, ils peuvent continuer à se chamailler à grands coups d’ailes agressifs et de roucoulements prétentieux, on est loin de la légendaire colombe de la paix.
 
Le choix des pies n’est pas innocent : de la cime du chêne, elles surveillent les environs toujours riches en bonnes occasions de chapardages. Il faut savoir que Josette, ma compagne, a un tempérament de dame patronnesse, elle fait l’aumône à toute une faune de chats errants ou de hérissons en vadrouille. Avec une grande adresse, les pies se servent sous les moustaches des matous, sidérés par tant d’audace.
 
Alors, pour les pies, la vie est belle, loin des piégeurs à l’affût du « nuisible », elles disposent d’une nourriture abondante, complétée par les délices d’un jardin et d’un verger, d’un paysan compréhensif et partageur.
 
Pourtant, la vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille et les ennuis vont commencer. Un couple de corneilles, qui construit son nid dans le voisinage, vient régulièrement se servir en matériaux, dans l’ébauche de nid des pies qui, courageusement, repoussent les pillards avec des jacassements outrés. Autant vous dire qu’il y a de l’énervement dans l’air !...
 
Totalement indifférent à ce remue-ménage, voilà un écureuil qui trottine sur une grosse charpentière du chêne. Sans raison apparente, les pies foncent sur lui. Le pauvre dégringole de branche en branche et se réfugie dans le lierre qui couvre le tronc du chêne mais, très vite, il en ressort comme un petit diable roux, il a le poil tout hérissé !...Sa queue en panache donne la cadence de sa colère, somme toute compréhensible. Comme un enragé, l’écureuil se jette sur la pie la plus proche de lui, puis l’autre est également agressée. Les pies effrayées remontent au sommet du chêne, l’écureuil les pourchasse sur les petites branches avec une agilité diabolique, on a l’impression que lui aussi, vole. Les pies doivent se réfugier sur un arbre voisin et regarder piteusement l’énergumène occuper le territoire.
 
Dans les jours suivants, il s’établit un modus vivendi comme disent les diplomates. Les pies s’activent autour de la construction de leur nid, l’écureuil circule en toute tranquillité, tout le monde s’ignore superbement.
 
Début mai, le nid semble terminé, il est bien visible au-dessus du bosquet car le feuillage du chêne est toujours le dernier à éclore au printemps.
 
Ce matin, je suis attiré à ma fenêtre par des jacassements furieux. Dans mes jumelles, je peux observer la progression de l’écureuil en direction du nid des pies, il évite avec adresse les coups de bec en se cachant derrière le tronc, mais, finalement, l’escarmouche se termine par la retraite du prédateur.
 
Tous les matins suivants, à peu près à la même heure, l’attaque recommence. La pression de l’écureuil se fait de plus en plus forte, il se rapproche du nid, plusieurs fois il a tenté de pénétrer, mais il ne trouve pas l’entrée dans les épines acérées, alors il abandonne sous les coups de bec vengeurs. Quel suspense !... J’avoue observer la bagarre avec délectation… Est-ce que l’écureuil va réussir à croquer les œufs des pies ?... Je suis épaté par son agressivité. Et puis, soudain : retournement de situation. Ce matin, le manège recommence, Monsieur Ecureuil progresse le long du tronc, ballet du couple de pies, les coups pleuvent, ai-je la berlue ? Il n’y a plus deux mais quatre pies, des voisines sont venues à la rescousse (par un prompt renfort, dirait Monsieur Corneille), les coups redoublent, le poil vole, l’écureuil doit déguerpir. Il ne reviendra plus à la charge.
 
Que penser de cette coopération face à l’attaque d’un prédateur ? Je laisse aux grands spécialistes les commentaires sérieux. Mais, sans tomber naïvement dans l’anthropomorphisme, je trouve cela très sympathique. Sous forme d’épilogue, je peux signaler qu’à mi-juillet la nichée de pies a pris son envol : quatre petites pies au vol incertain, sous le raffut incessant des commentaires saccadés des parents.
 
Je tremble pour mes fraises, mes fruits, mes plantations, mais bon, la terre n’est pas la propriété exclusive des hommes et il faut que la vie continue.
 
               Jacques Gobier
 
Mon ami Jacques, paysan dans l’âme, vous démontre dans ce texte qu’il n’y a pas que le rendement qui compte, mais aussi qu’il est bon de prendre le temps de regarder, sentir, écouter… et de s’accorder le plaisir de travailler dans une nature sauvage.
 
                     Michel Robert

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