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Mercredi 11 juin 2008



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                                                                                                                                                       Le livre
"La Pie Barde"

Fabrication de charbon de bois en meule

Mon parcours professionnel est assez cahotique. Le travail pour moi est une partie de plaisir, il a donc fallu que je jongle avec toutes ces passions qui me rongent. Entre autres, la géologie, l'entomologie, la mycologie, etc... Dix années de travail forestier m'ont permis de m'épanouir et de m'évader de notre société ultra mondialisée. Malheureusement la corporation actuelle me donne des nausées. Au nom du fric, il faut être rentable et le respect des milieux forestiers est bafoué. Qui n'a pas vu ces saccages de forêts lors de leur exploitation.
Je vous cite un exemple : dans ma région et dans une forêt privée de 400 h, il n'a été prélevé systématiquement que les fûts de chênes, tout le taillis aux alentours a été poussé à la lame afin d'atteindre l'arbre choisi. Des milliers de stères de bois (en majorité du charme) ont été arrachés, éclatés, broyés, je ne trouve pas le mot exact pour cette barbarie moderne, enfin la connerie à l'état pur. Et quel gâchis, pendant que des familles n'ont pas les moyens de se chauffer. Sans parler des têtes des chênes ancestraux qui sont abandonnés sur place (entre 2 à 6 stères par tête).
La cerise sur le gâteau, d'ailleurs c'est elle qui me fait sortir de mes gonds : tous ces chênes centenaires ont été débités en 2 mètres. Cela veut dire qu'ils finiront dans une machine pour les broyer en petits copeaux et les transformer en panneaux de particules. Pour enfin être mis en vitrine sous forme de meubles modernes dans des magasins style grande distribution.
Et je ne vous parle pas des exploitations de peupliers et résineux, qui sont un véritable massacre.
Ouf,  cela fait du bien de se défouler...!

La manière douce et responsable d'exploitation forestière : après abattage des arbres, un câble est déroulé d'un treuil installé sur un tracteur agricole stationné à distance. Ensuite les troncs sont tirés au sol afin de les extraire de leur milieu. Ainsi, les dégâts sont minimisés.
Cette manière douce évite d'aller chercher sur place le tronc avec un mastodonte et de pratiquer la politique de la terre brûlée.
Actuellement, en montagne, deux autres techniques sont utilisées. Les chevaux de trait ont repris du service et dans l'autre, plus moderne, des câbles aériens sont installés. Mais le mécanisme est complexe et bien sûr plus coûteux.

Revenons à nos moutons, la base de mon article.






Une pile de 400 stères de bois avant transformation, 5 mois de bûcheronnage y ont été consacrés.

(longueur 200 m / largeur 1 m / hauteur 2 m)








Fin février, le grand jour est arrivé

Tout d'abord, le choix d'une clairière bien abritée des courants d'air est la clef de la réussite.

Planter un piquet de 2,50 mètres à l'endroit qui sera le centre de la meule. Couper en 50 cm du bois de petit diamètre et le disposer en forme de triangle,  à l'horizontale, autour du piquet . C'est ce montage qui permettra  de mettre le feu dans l'ensemble de la construction.

Puis, autour de cette structure, le positionnement vertical de rondins d'un mètre de long (le diamètre est indifférent)  doit être fait méthodiquement, en évitant les trous (ce qui facilitera un tassement régulier à la cuisson de la meule). Un diamètre de 6 mètres est raisonnable.

Répéter la même opération sur un second étage, c'est plus acrobatique.

Cette architecture demande l'emploi d'une dizaine de stères.
La production sera d'environ 700 kg de charbon.












Après la récupération de 3 m3 de mousse, couvrir la meule de bas en haut  comme des tuiles sur un toit, une épaisseur de 15 à 20 cm est nécessaire.

Une terre fine est lancée en pluie à l'aide d'une pelle, cette opération est éreintante mais obligatoire pour une bonne étanchéité. Garder de la terre en stock  est  primordial, elle servira à contrôler la cuisson.

Faire un feu à lécart afin de pouvoir récupérer un seau de braise (10 litres environ).

Pendant ce temps, préparer une clef  taillée en cône (un morceau de rondin d'un diamètre supérieur au piquet, et d'une longueur de 60 cm). Arracher le piquet central, verser la braise dans le trou ainsi créé, la faire descendre avec une perche.  Rapidement, poser la clef à la place du piquet à l'aide d'une masse, mettre un peu de mousse et de terre. Opération périlleuse à cause de la fumée qui se dégage très vite. Il est souvent nécessaire de la faire à deux afin de se relayer.




La construction centrale en triangle va prendre feu à partir du bas tout en montant au sommet. Le sommet atteint, le feu se meurt et la cuisson débute par le haut de la meule. Et c'est là que les choses deviennent sérieuses. Il faut constamment controler cette cuisson à l'étouffée, en l'arrosant de terre à chaque fois que la meule chauffe trop vite, c'est l'expérience qui rentre en jeu. Cette cuisson va durer de 5 à 7 jours, la sur veillance se fait jour et nuit sans intermittence si l'on veut éviter une catastrophe.

La bête noire c'est la pluie, plus il pleut, plus la meule prend feu. Je m'explique, l'eau contient de l'oxygène, en tombant sur l'ouvrage qui est à forte température, l'eau s'évapore et l'oxygène se fixe, c'est lui qui accélère la combustion.



La cuisson terminée, deux jours d'efforts sont encore nécessaires pour extraire le charbon de bois. Cette opération est un jour de fête, mais elle est la plus délicate. La meule est démontée par petites tranches comme une orange. A l'air, le charbon prend feu immédiatement, il prend une couleur blanche. On le contrôle en le mélangeant  à de la terre. Ensuite, l'ensemble sera tamisé pour avoir un produit fini.

Récupérer la terre pour une prochaine cuisson, plus elle sera cuite, plus elle sera efficace.









 Après l'effort, le réconfort :

le ramouna  se  prépare une petite bouffe.







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